Into Darkness

affiche Star Trek Into Darkness1Par hasard la dernière émission de Pendant les travaux, le cinéma reste ouvert sur France Inter, traitait de la question des affiches de films. Et justement le cas des affiches de films m’intéresse parce qu’on ne se refait pas et que je passe une bonne partie de mon temps à faire des analyses d’images (peintures, sculptures) et qu’une affiche de film c’est une image, composée, structurée, pensée, exactement comme un tableau de la Renaissance (enfin presque).

Je vous disais dernièrement que j’avais envie de voir le dernier Star Trek. Or, ce qui m’a vraiment donné envie d’aller voir ce film, c’est l’affiche. Vous allez me dire que c’est fait pour ça une affiche de film, donner envie d’aller voir un film en séduisant les potentiels spectateurs, soit en traduisant au mieux l’univers du film, soit en trichant de manière éhontée pour faire d’un navet un truc attractif. Je suis d’accord. Sauf que ce qui a capté mon attention dans cette affiche ce n’est pas sa composition, ses couleurs, son style.

L’affiche (celle qui était présentée au fronton du Gaumont proche de chez moi pendant plusieurs semaines) est relativement conventionnelle. Les couleurs tendent vers le gris sombre (normal, le sous-titre c’est quand même « into darkness »). Le ciel est présent sur une grande partie (c’est Star Trek, donc évidemment, le ciel, l’espace…) mais est vu de la Terre. En arrière-plan on devine même une ville, à peine futuriste (pas si éloignée de Dubaï ou de Tokyo) mais menacée par ce que l’on suppose être des bombes ou des météorites, un truc dévastateur venu du ciel en tous cas. Bref. Une affiche de film de science-fiction avec une catastrophe à la clef.

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Le texte est aussi conventionnel : l’appât de la 3D (mais qui est encore attiré par ça : la possibilité de voir en 3D la pub Haribo ou Oasis et éventuellement la scène d’introduction ou le générique de fin et le reste du temps une vague nausée, du flou continuel et des muscles oculaires qui tirent un max pour essayer de donner au cerveau des informations compréhensibles) et bien sur le titre. Au cas où l’observateur serait vraiment stupide, une petite phrase en exergue en haut, au centre : « Earth will fall » (« notre monde va sombrer » sur la version française). Donc, l’affiche n’a rien de particulièrement original.

Evidemment j’ai quand même oublié de dire qu’au centre se détache sur le fond gris clair, la silhouette sombre, noire et inquiétante de Benedict Cumberbatch, le méchant de cet opus. Bingo ! Ce qui m’a donné envie de voir le film c’est ce retournement : aucun héros sur l’affiche, juste le méchant ! Alors, je sais bien que pour certains films, les affiches mettent en avant des anti-héros mais dans ces cas rares, ils sont bien le sujet principal du film (Entretien avec un vampire, Hannibal, etc). Dans Star Trek, les héros sont de manière tout à fait attendue l’équipage de l’Enterprise (le vaisseau de James Kirk et de Mr Spock pour les néophytes, mais vous vivez dans quel monde ?). Cependant aucun des acteurs ne se trouve sur l’affiche du dernier film de J. J. Abrams alors qu’ils étaient tous présents sur l’affiche du premier.

Pourquoi ? Je ne sais pas trop. Il existe des questions légales et des aspects liés aux contrats des acteurs, à la promotion, etc. Il existe aussi un côté commercial : Benedict Cumberbatch a le vent en poupe depuis qu’il incarne le nouveau Sherlock Holmes pour la BBC, le mettre en avant est peut-être une bonne idée, surtout pour le public européen. Il existe aussi un aspect seulement esthétique. Dans la version de la même affiche (ci-dessous) où apparaissent en filigrane les visages des héros, l’impact visuel est moins réussi. Notre regard se perd dans un nombre considérable d’informations et de couleurs. La version qui m’a attirée est plus claire, plus percutante aussi. On imagine le bruit des pas du personnage sur les cendres et roches calcinées, on est déjà projeté dans l’histoire. Bref, ce qui m’a attirée c’est la promesse d’un méchant charismatique qui suffirait à lui seul à faire de ce film une réussite.

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Verdict après le visionnage : râté ! Benedict Cumberbatch est sans aucun doute très bon. Visuellement le film est très distrayant, les effets spéciaux impressionnants. Quelques trouvailles visuelles (la scène d’ouverture avec les arbres rouges) relèvent le plat. Mais le scénario est quand même hyper attendu, sans surprise, presque ennuyeux (et je n’avais pas encore revu l’épisode de la série originale avec Khan). Les acteurs n’arrivent pas à rendre les héros captivants : Kirk est toujours une tête à claques et même Spock qui m’avait vraiment séduite dans le premier opus (oui, oui, le côté froid et insensible des vulcains me plaît), m’a laissée de glace (froid, glace, mouahah) ici. Avoir vu le film en VF n’a sans doute par arrangé l’affaire. Evidemment je l’ai aussi vu en 2D et ça je ne le regrette pas.

Si vous n’avez pas encore vu ce film, n’hésitez pas trop quand même, c’est un film fait pour le cinéma (moins d’intérêt à le voir en DVD ou à la télé) et techniquement excellent mais je suis quand même moins enthousiaste que pour le premier volet. Aaaaah le pouvoir des affiches de films !

affiche Star Trek Into Darkness2Il existe une autre version de l’affiche dans laquelle les éléments sont identiques (buildings, ciel, cendres, gris) mais Khan est vu de dos sur un monticule de gravats. Les débris d’un bâtiment au premier plan découpent sur le ciel une forme pyramidale évoquant au choix : une pointe de flèche ou un vaisseau spatial. Or, le triangle est un élément hautement symbolique. La pointe vers le haut élève, aspire vers le ciel et indique ce qui est supérieur. Ici, au centre, la silhouette de Khan, même minuscule annonce la nature exceptionnelle du personnage.

affiche Star Trek Into Darkness3Enfin, une troisième version de l’affiche est esthétiquement très réussie bien que moins attractive à mon sens. Je veux dire que visuellement cette affiche est très belle avec la trainée oblique laissée par l’Enterprise chutant vers la Terre sur un ciel noir d’un côté et gris de l’autre (il faut faire abstraction du bloc de texte disgracieux en bas à gauche). Très belle mais moins vendeuse et surtout moins insolite que la première. Or, une affiche de film n’a pas pour vocation première d’être seulement un objet de contemplation…

Pour en savoir plus :
L’émission de France Inter : Pendant les travaux, le cinéma reste ouvert sur le sujet « Que nous disent les affiches de film ? »
La critique du scénario de Star Trek into Darkness, quand même pleine de mauvaise foi (j’adore), de l’Odieux connard. 
Un florilège des critiques des journaux spécialisés à retrouver sur Allociné. Apparemment je suis la seule à être déçue et Abrams est wonderful.
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