Au poil!

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Impossible de faire un compte-rendu exhaustif de mon récent séjour parisien car je n’ai pas chômé et je pense avoir dépassé mon record d’expositions vues : 3 jours et 10 expositions visitées, sans compter un parcours au Louvre et à Orsay ! Bon, soyons justes, je n’ai pas visité toutes les expositions de façon approfondie, j’en ai vues certaines de manière rapide, juste pour me faire une idée. Par contre, d’autres ont fait l’objet d’une attention particulière, carnet de notes à la main.

Quoiqu’il en soit, ma proposition est aujourd’hui de vous montrer uniquement les quelques trouvailles en lien avec mon sujet de travail actuel : le poil dans l’art. On commence doucement avec quelques sculptures classiques du Louvre où se distingue un souci réaliste tout à fait original. En cherchant bien, j’ai donc découvert quelques poils sur les torses et les aisselles de héros et de personnages mythologiques. Mais ils sont plus courants sur les petits formats et de préférence sur les personnages remarquables pour leur force de caractère (Pluton, fig. 1), leur aspect bestial (satyre, fig. 2) ou leur tendance à la démesure (titan, fig. 3) ou à l’aveuglement (Icare, fig. 4).

fig. Augustin Pajou, Pluton enchaînant Cerbère, 1760, marbre, Paris, Louvre.

fig. 1 : Augustin Pajou, Pluton enchaînant Cerbère, 1760, marbre, Paris, Louvre.

fig. 1 : détail

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fig. James Pradier, Satyre et bacchante, 1834, marbre, Paris, Louvre.

fig. 2 : James Pradier, Satyre et bacchante, 1834, marbre, Paris, Louvre.

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fig. François Dumont, Titan foudroyé, 1712, marbre, Paris, Louvre.

fig. 3 : François Dumont, Titan foudroyé, 1712, marbre, Paris, Louvre.

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fig. 3 : détail

fig. Paul-Ambroise Slodtz, La Chute d’Icare, 1743, marbre, Paris, Louvre.

fig. 4 : Paul-Ambroise Slodtz, La Chute d’Icare, 1743, marbre, Paris, Louvre.

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fig. 4 : détail

Au Louvre toujours, j’ai osé photographier les détails de la Liberté guidant le peuple, devant un public de touristes sceptiques. De toute évidence, ils ne comprenaient pas vraiment ce qui m’intéressait au niveau des aisselles de la belle figure allégorique de Delacroix !

Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, 1830, huile sur toile, 260 x 325 cm, Paris, Louvre.

fig. 5 : Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, 1830, huile sur toile, 260 x 325 cm, Paris, Louvre.

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Au Grand Palais, Vallotton est moins discret que Delacroix. Il ne se contente pas d’ombrer légèrement les aisselles de ses femmes nues mais montre clairement leur pilosité.

fig. 6 : Félix Vallotton, L’Automne, 1908, huile sur toile, Collection Mirabaud.

fig. 6 : Félix Vallotton, L’Automne, 1908, huile sur toile, Collection Mirabaud.

A Orsay, l’exposition Masculin/ Masculin ne fut pas aussi enthousiasmante que prévue côté poils. Mais quelques références intéressantes semblent prouver que les photographes des années 30 ont eu une passion toute à fait étonnante pour les aisselles masculines.

fig. Man Ray, Bras, v. 1935, photographie, New York, Metropolitan.

fig. 7 : Man Ray, Bras, v. 1935, photographie, New York, Metropolitan.

fig. Herbert Bayer, Autoportrait, 1932, photographie, Munich, coll. particulière

fig. 8 : Herbert Bayer, Autoportrait, 1932, photographie, Munich, coll. particulière

fig. Raymond Voinquel, Jean Marais, 1938, photographie, Charenton le Pont, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine.

fig. 9 : Raymond Voinquel, Jean Marais, 1938, photographie, Charenton le Pont, Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine.

C’est aussi dans cette exposition que j’ai trouvé une conclusion parfaite. Le poil est avant tout un symbole de la différence entre les sexes. Les hommes conservent leurs poils, les femmes les font disparaître. C’est une différence naturelle : l’homme est plus poilu que la femme, mais cette différence est amplifiée par la culture. Or, on pourrait penser que les femmes artistes contemporaines ou les artistes contemporains en général, aient cherché à transgresser l’habitude de représenter les femmes glabres. En réalité, la transgression se passe ailleurs : plutôt que de lancer une guerre des genres, les représentations jouent avec les poils pour imaginer un nouveau genre, homme et femme à la fois, hermaphrodite, transsexuel, transgenre ou travesti. L’avenir ?

fig. 10 : Zoe Leonard, Pin up n°1 Jennifer Miller en Marilyn Monroe, 1995, photographie, coll. particulière

fig. 10 : Zoe Leonard, Pin up n°1 Jennifer Miller en Marilyn Monroe, 1995, photographie, coll. particulière

Pour en savoir plus :
 
Le catalogue de l’exposition Masculin/Masculin : L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours, Paris, Musée d’Orsay ; Flammarion, 2013, qui me semble-t-il n’aborde pas vraiment le thème des poils. Dommage !
Le catalogue de l’exposition Vallotton : le feu sous la glace, Paris, Grand Palais ; RMN, 2013.
Sur le poil, on peut consulter quelques ouvrages :
– Martin Monestier, Les Poils. Histoires et bizarreries des cheveux, des toisons, des coiffeurs, des moustaches, des barbes, des chauves, des rasés, des albinos, des hirsutes, des velus et autres poilants trichosés, Le Cherche-Midi, Paris, 2002.
– Marie-Hélène Delavaud-Roux, Anthropologie, mythologie et histoire de la chevelure et de la pilosité : le sens du poil, Paris, l’Harmattan, 2011.
– Christian Bromberger, Trichologiques. Une anthropologie des cheveux et des poils, Paris, Bayard Editions, 2010.

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