Broc’n roll

gravure-guérard2Bien que le mois d’Avril soit pour l’instant particulièrement frais (en avril ne te découvre pas d’un fil, je sais, je sais), les brocantes de plein air ont quand même repris… et j’essaie d’être motivée pour y aller de temps en temps. Evidemment pas pour vendre car je n’ai pas le courage de me geler toute la journée pour repartir avec l’essentiel de mes cartons vu que personne ne semble avoir envie de m’acheter mes rebuts, mais pour découvrir des trésors (ou de vraies saletés, c’est selon !). Bon. A vrai dire, la brocante de Trentemoult est la première de l’année pour moi, mais c’est surtout parce qu’il est impossible que j’amasse volontairement de nouveaux objets inutiles dans l’appartement. Je réduis donc les possibilités d’achat. D’un autre côté, il faut bien un peu prendre l’air et varier les distractions. Donc, qu’y avait-il à Trentemoult cette année ?

P1060977Hummm. Pas beaucoup de merveilles… mais je dois avouer que je suis arrivée tard et que toutes les bonnes affaires étaient forcément déjà faites (ceci dit, c’est évidemment relatif puisque j’ai vu une personne repartir avec des bottes zébrées et le sac assorti et bof, je n’étais pas tentée !). La pêche n’a donc pas été miraculeuse (et le portefeuille est donc sauf…). Dans mon escarcelle seulement :

–       une petite plaquette de boutons noirs (que je pense être en métal émaillé car ils sont assez lourds malgré leur petite taille) achetée 2€ (étant donné le prix d’un seul bouton en plastique dans les merceries, je trouve le rapport assez bon)

–       une estampe représentant une « servante indiscrète » achetée 10€.

gravure-guérardC’est évidemment l’estampe qui est l’achat le plus intéressant du jour (je peux parler longtemps de boutons mais je ne voudrais pas que vous classiez directement ce blog dans l’onglet « soporifique »).

L’estampe trouvée m’a d’abord plu pour son sujet. Les ateliers d’artistes sont souvent représentés en peinture, dessin ou gravure mais généralement c’est l’occasion d’un portrait ou d’un autoportrait d’artiste. Parfois, c’est aussi le prétexte à une nature morte, voire à une allégorie (de la peinture, des arts, de l’imitation…). Mais il est, je crois, assez rare que l’atelier d’artiste soit utilisé comme cadre d’une scène de genre. C’est-à-dire une scène représentant seulement la vie quotidienne d’un atelier, sans que l’on puisse y reconnaître le portrait d’un artiste ou une dimension symbolique. Sauf peut-être quand il s’agit d’en profiter pour peindre un nu féminin (aaah, les jolis modèles !). Dans cette gravure, le personnage principal est la femme de ménage qui délaisse son plumeau et profite de l’absence du peintre pour contempler le tableau inachevé (on le suppose), abandonné sur le chevalet.

Courbet, L'atelier du peintre, détail, 1854-1855, huile sur toile, 361 x 598 cm, Paris, Orsay.

Courbet, L’atelier du peintre, détail, 1854-1855, huile sur toile, 361 x 598 cm, Paris, Orsay.

P1060968 C’est un sujet original il me semble.

La deuxième chose qui a capté mon attention c’est la qualité de la gravure (une eau-forte à première vue) et de l’impression. L’œuvre est encadrée (ce qui explique les épouvantables photos jointes) mais la feuille semble entière, sans recadrage. On voit clairement la lettre (auteur, titre, éditeur), le coup de planche et le cachet sec de l’éditeur.

Ce qui fait que de retour devant l’ordinateur, j’ai pu essayer d’en savoir plus. L’auteur, signé « Guérard » mais sans prénom clairement lisible, est de toute évidence Amédée Guérard (Sens, 1824 – Paris, 1908) : la signature glissée dans le dessin est moins lisible que celle de la lettre mais permet de deviner le « Am. » d’Amédée. L’artiste fut aussi peintre, spécialisé dans les scènes de genre (plusieurs de ses tableaux ont été vendus aux enchères ces dernières années). Les éditeurs Cadart et Luquet constituent une association de courte durée mais officielle et ayant un rôle assez important puisqu’ils créent la Société des Aqua-Fortiste, Eaux-fortes modernes, Publication d’œuvres originales et inédites, 60 gravures à l’eau-forte par an. Durant cinq années ils éditent un choix de gravures que les amateurs achètent sur catalogue. Les tirages ne sont donc pas limités mais dépendent de la demande.

Société des aquafortistes

Société des aquafortistes

La BNF conserve certains des catalogues (cf la cote RESERVE AD- 97 (A, 2) -FOL pour celui de 1866) et la page consacrée à l’estampe d’Amédée Guérard est identique à la mienne, moins la lettre. Je sais donc maintenant que ma gravure date d’environ 1866. Le musée des Beaux-Arts du Canada à Ottawa a acquis en 1979 un exemplaire de cette gravure, ce qui fait que je suis fière de posséder une œuvre identique à celle d’un musée ! Bon il y a quand même un peu de nettoyage et d’encadrement à réaliser maintenant…

 

Pour en savoir plus :
L’œuvre sur le site du musée des Beaux-Arts du Canada à Ottawa.
Voir le catalogue de 1866 des estampes de Cadart et Luquet sur le site de Gallica.
En savoir un peu plus sur Cadart et Luquet.

 

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One Response to Broc’n roll

  1. la soeurette says:

    Hé, mais c’est super !!!!! Quel plaisir d’avoir le fin mot de l’histoire … bravo pour cet achat !! C’est vrai qu’elle est chouette cette estampe, avec un nouvel encadrement, elle aura sa place chez toi !

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