Fort-Haggar

Félix Vallotton, La Bibliothèque, 1921, huile sur toile, 80 x 42 cm, Saint-Germain-en-Layre, Musée Maurice Denis.

Félix Vallotton, La Bibliothèque, 1921, huile sur toile, 80 x 42 cm, Saint-Germain-en-Layre, Musée Maurice Denis.

Comme pour beaucoup, l’été est propice à la lecture au 15ter. Je suis souvent un peu déçue de moi-même car avant d’avoir un abonnement internet, je lisais beaucoup (vraiment beaucoup). Mais internet est une addiction et c’est parfois difficile d’y résister. Bien sûr, je n’ai pas abandonné la lecture, mais j’avoue que je ne termine pas toujours les livres commencés ce qui ne m’arrivait jamais auparavant. Je vous ai déjà parlé de mon goût pour les bibliothèques. Ce sont des lieux que j’aime particulièrement, je pourrais y errer très longtemps, d’un rayon à un fauteuil, d’une pile de magazines à une échelle coulissante.

Certaines bibliothèques ont  jalonné ma vie, mon parcours et sont ancrées dans mes souvenirs de manière très intense.

L’une des premières bibliothèques marquantes est bien sûr celle de la ville où j’ai grandi. A l’époque (oui, je parle comme les vieux), elle était installée dans une maison à l’extrémité de la rue où j’habitais. J’ai donc eu le droit d’y aller seule assez vite. Les horaires étaient un peu restreints car seuls des bénévoles s’en occupaient. L’avantage de cette bibliothèque était qu’elle remplaçait tous les greniers du monde : des livres jusqu’au plafond dispersés dans de petites salles cloisonnées d’étagères disparates. Un vrai labyrinthe. Des éditions diverses et variées de classiques, de polars ou de BD : la majorité des livres provenaient de dons et de legs. Les livres sentaient un peu la poussière et le moisi mais cela permettait de se plonger encore mieux dans les 13 volumes de la Comtesse de Charny d’Alexandre Dumas ou commencer la lecture de l’interminable suite de Pierre-Alexis Ponson du Terrail que je n’ai d’ailleurs jamais pu terminer faute de trouver l’ensemble des tomes (si vous posséder des exemplaires de Rocambole, je suis partante pour vous les emprunter ou les acheter !).

Ces souvenirs de lectures me poussent toujours à revenir à mes chers livres, malgré l’attraction du virtuel. Et pas question de lire sur une tablette, rien ne vaut le bruit des pages, le toucher doux mais aussi légèrement rugueux du papier comparé à la froide lisseur de la couverture. Le papier reste une matière très sensuelle, bien plus qu’un clavier ou qu’un écran, il ne peut donc y avoir de concurrence.

la-nuit-de-fort-haggar-19949Et donc parmi les lectures du mois, j’ai repris un livre que j’adore et qui ne vient pas de la bibliothèque du quartier mais que je me suis offert tellement j’apprécie les mots et les récits de Stéphane Héaume. Aujourd’hui, j’ai donc fini, encore une fois, La Nuit de Fort-Haggar.

Julia Schlick, photographe parisienne hantée par un désir de maternité est furtivement enlevée par le mystérieux Cercle Iago. Aux portes du désert commence alors une quête périlleuse pour retrouver l’homme qu’elle aime, le journaliste Clifton Cliff, disparut depuis 3 ans et que Paul Lamartre lui présente comme un monstre, trafiquant d’enfants. Au sein d’une caravane  lancinante et menacée par une étrange armée d’amazones, Julia traverse le désert et fouille ses souvenirs. Tout doit se jouer devant les murs de la forteresse de Fort-Haggar, là où les mirages du désert disparaissent pour laisser la place à une troublante vérité.

Le style de Stéphane Héaume est limpide et mélodieux. Les mots évoquent sans peine des paysages lointains, des atmosphères mystérieuses, les égarements de la pensée. On se laisse bercer par une langue riche et gracieuse et captiver par une histoire intrigante et originale qui perd le lecteur dans le temps et l’espace.

Gustave Achille Guillaumet, Le Sahara  dit aussi Le Désert, 1867, huile sur toile, 110 x 200 cm, Paris, Orsay.

Gustave Achille Guillaumet, Le Sahara dit aussi Le Désert, 1867, huile sur toile, 110 x 200 cm, Paris, Orsay.

La Nuit de Fort-Haggar est vraiment l’un de mes romans préférés de Stéphane Héaume (dont j’ai presque tout lu) avec le Fou de Pritzberg (dans lequel souffle un vent glacial venu du nord) et Orkhidos (plus mystérieux encore et plus proche du conte).

« Assise en tailleur, je respire une liberté nouvelle aiguisée par l’altitude. Derrière moi, le camp paraît dérisoire. Le désert me happe dans son chaos de dunes, de roches et de falaises, étirant ses ombres comme des pulsars, déroulant ses failles, ses oueds et ses ravins ainsi que des nébuleuses de schistes cristallins. Et quelque part, là-bas, à la frontière : Fort-Haggar, toi, nous. Peut-être. »

Pour en savoir plus :
 
Stéphane Héaume, La Nuit de Fort-Haggar, Editions du Seuil, 2009.
Stéphane Héaume, Le Fou de Printzberg, Anne Carrière, 2006.
Stéphane Héaume, Orkhidos, Zulma, 2004.
 
Et le livre que je convoite pour cet été mais que je n’ai pas encore lu : Sheridan Square, Editions du Seuil, 2012.
On peut aussi aller voir du côté du site de Stéphane Héaume.
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