Ideaux

David, Serment du Jeu de Paume ) VErsailles le 20 juin 1789, 1791, encre sur papier, Versailles, châteaus de Versailles et de Trianon.Je suis allée passer deux jours à Versailles dernièrement. Et finalement, je n’ai pas envie de vous parler du château envahi de touristes mais grandiose, des jardins admirables et relativement calmes, du Trianon et des Paris Match de De Gaulle ou des jeux illusionnistes d’Olafur Eliasson. J’ai juste envie de partager des bribes de conscience que ce voyage, des lectures, des écoutes et des circonstances fortuites ont réveillé.

A Versailles j’ai logé à l’hôtel du Jeu de Paume. Le choix de cet hôtel était en grande partie dû au hasard (il proposait un tarif avantageux) et à sa belle situation à côté du château. Sur le coup, je n’avais même pas compris… J’avais même complètement occulté, je crois, que le Jeu de Paume serait juste à côté. LE Jeu de Paume. Le vrai, l’unique. Pas n’importe quel jeu de paume. Non. Celui de la Révolution. Celui du tableau inachevé de David. Celui des cours d’histoire. Celui du SERMENT.

© le15ter

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Je suis allée plusieurs fois à Versailles mais je n’avais jamais eu l’idée d’aller voir le Jeu de Paume. Car le bâtiment se visite. GRATUITEMENT. Et pourtant, le jour où j’y suis passée il y avait moins de dix personnes dans l’immense salle (des milliers de personnes dans le château et dix personnes au Jeu de Paume, c’est à pleurer non ?). Bref. Evidemment le bâtiment n’est pas majestueusement posé au bout d’une belle allée, il n’a pas de jardin, pas de grille dorée. Il est juste là, au détour d’une rue, entouré de voitures. Et à l’intérieur ce n’est pas clinquant et brillamment restauré. C’est un peu suranné, quasiment vide et un peu triste. Mais c’est un lieu chargé d’histoire. Un vrai lieu de mémoire. Et voir l’immense esquisse de Jacques Louis David sur le mur du fond, c’est se rappeler cette journée du 20 juin 1789 où une partie des députés des Etats Généraux se sont proclamés Assemblée Nationale. C’est bizarre de ressentir cet élan idéaliste devant ce tableau, dans cette salle et d’être tellement désespérée en comparant avec les images diffusées actuellement de l’Assemblée Nationale (vous les reconnaissez, nos députés, dans ce tableau?).

© le15ter

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C’est étrange aussi car juste avant d’arriver à Versailles j’avais commencé à lire le dernier roman de Fred Vargas, Temps Glaciaires. Et sans vous dévoiler l’intrigue magistrale et passionnante, je peux vous dire qu’il y est question de Versailles et surtout de la Révolution. Et alors, par le plus grands des hasards, je retrouve dans ce livre un extrait d’un discours de Robespierre de 1794[1].

« Nous voulons substituer, dans notre pays, la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, la vérité à l’éclat, le charme du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant, heureux, à un peuple aimable, frivole & misérable, c’est-à -dire, toutes les vertus & tous les miracles de la République, à tous les vices & à tous les ridicules de la monarchie.

Nous voulons, en un mot, remplir les vœux de la nature, accomplir les destins de l’humanité, tenir les promesses de la philosophie, absoudre la providence du long règne du crime & de la tyrannie. Que la France, jadis illustre parmi les pays esclaves, éclipsant la gloire de tous les peuples libres qui ont existé, devienne le modèle des nations, l’effroi des oppresseurs, la consolation des opprimés, l’ornement de l’univers, & qu’en scellant notre ouvrage de notre sang, nous puissions voir briller au moins l’aurore de la félicité universelle… Voilà notre ambition, voilà notre but. »

Un extrait qui me donne le vertige tellement j’ai l’impression qu’on a TOUT oublié.

L’été c’est la saison où je suis un peu idéaliste. Je revois les films de Frank Capra, j’écoute Damien Saez, etc. C’est aussi une saison un peu mélancolique car j’ai le temps de réfléchir et parfois, quand on pense, on désespère du système, de soi, des autres, de l’Etat, etc. Pour me divertir je suis allée mardi soir voir le concert d’un groupe que j’adore, La Belle Bleue. J’y ai découvert plein de nouveaux morceaux géniaux et aussi les classiques du groupe. Et puis, au milieu du concert, ils ont joué le Triptyque.

Un morceau que j’aime beaucoup et qui faisait tellement écho à ce que je viens de vous écrire. Je me dis que je ne suis pas la seule à être déçue de ce que nous faisons de nos idéaux.

Sommes-nous une génération condamnée à ce désenchantement idéologique?

En savoir plus :

La vignette d’introduction est un extrait de : Jacques Louis David, Le Serment du Jeu de Paume à Versailles le 20 juin 1789, 1791, encre sur papier, Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon.

Allez voir le Jeu de Paume, c’est gratuit. Tous les jours sauf le lundi de 14h à 18h.

Le groupe La Belle Bleue dont je vous ai déjà parlé ici. Plus d’infos.

Lisez pour le plaisir Fred Vargas, Temps glaciaires, Flammarion, 2016 car on part aussi un peu en Islande dans ce livre. Une bouffée d’air c’est ce qu’il nous faut.

[1] Maximilien de Robespierre, « Sur les principes de morale politique qui doivent guider la Convention nationale dans l’administration intérieure de la République », discours prononcé à la Convention le 5 février 1794 – 17 pluviôse An II

 

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