La fee electricite

turquettoLa semaine dernière il y a eu une panne d’électricité dans mon quartier. Une grosse panne. Pas de lumière, pas d’internet, pas de téléphone, pas d’eau chaude, pas de radio, rien, RIEN, pendant plus de 24h (vous aviez remarqué que TOUT marche à l’électricité aujourd’hui ?). Autant vous dire que le temps passe beaucoup plus lentement quand il faut s’éclairer à la bougie et tourner en rond (en silence) dans l’appartement (j’habite en ville, dans une grande ville, je ne sais pas vivre sans électricité, oui, je sais, c’est désolant !).

L’avantage c’est que j’ai commencé à lire le roman que m’avait prêté mon amie Isabelle l’année dernière (et que j’avais honte de ne pas avoir lu mais il m’est toujours difficile de suivre les conseils de lecture des autres, sans doute par esprit de contradiction, alors que souvent ce sont de bons conseils) en écoutant la musique sur mon ordinateur portable (40 min d’autonomie max !). Un roman qui parle de la vie d’un artiste méconnu, le Turquetto,  à Constantinople et à Venise au XVIe siècle.

Titien, L'homme au gant, XVIe siècle, huile sur toile, 100 x 89 cm, Paris, Louvre

Titien, L’homme au gant, XVIe siècle, huile sur toile, 100 x 89 cm, Paris, Louvre

C’est suffisamment bien documenté pour que le doute s’installe et que l’on vienne à envisager, comme l’auteur le laisse supposer, que le portrait de l’Homme au gant de Titien au Louvre (v. 1520, huile sur toile, 100 x 89 cm) puisse ne pas être de la main du maître mais plutôt dû au pinceau de ce brillant élève. Passionnant (et fictif).

L’inconvénient de la panne d’électricité (je suis mon idée de départ quand même) c’est que tout ce qui se trouvait dans le congélateur… a décongelé. Et vous connaissez les recommandations sanitaires : « ne jamais recongeler les choses décongelées » (blablabla). Donc, depuis, je cuisine tout ce qui s’y trouvait (heureusement pas grand-chose, je ne suis pas très prévoyante). Sur un génial coup de tête, j’avais un jour acheté deux paquets de feuilles de pâte filo (produit que je ne trouve pas dans mon supermarché habituel, et que d’une manière générale je ne trouve jamais lorsque j’en ai besoin, les rayons étant étrangement en rupture ces jours-là) et j’en avais congelé un. J’ai donc utilisé les feuilles de filo décongelées pour réaliser un dessert qui fonctionne bien : des baklavas. Alors, comme d’habitude, la recette est approximative.

Les baklavas du 15ter

Ingrédients, pour un grand plat : environ 500g d’un mélange de fruits secs concassés (amandes mondées, pistaches, noix, sésame…) / 150g de beurre fondu / 1 cuillère à café de cannelle moulue / 1 cuillère à café de muscade râpée / 3 cuillères à soupe d’eau de fleur d’oranger / 200g de miel liquide (d’acacia ou d’oranger par exemple) / 1 paquet de feuilles de filo.

Préparation :

 

©le15ter

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1. Hacher ou concasser les fruits secs (amandes, noix et sésame pour moi). Cette fois, j’ai bien fait les choses, et les ai hachés au couteau (à la main), ce qui permet de choisir précisément la grosseur des morceaux, mais on peut faire ça en 30 secondes au hachoir électrique !

2. Ajouter les épices (muscade et cannelle). Alors, là, je dois vous montrer l’un des ustensiles les plus utiles que l’on m’ait offert pour cuisiner : la râpe à muscade. Oubliez les râpes qui sont « offertes » dans les flacons d’épices (molles et peu pratiques) et râpez zen avec cette râpe efficace et franchement peu encombrante. Ajouter ensuite au mélange 100g de beurre fondu et bien mélanger.

3. Découper les feuilles de filo au format (taille et forme) du plat choisi. On peut aussi prévoir de juxtaposer deux morceaux, l’important c’est de pouvoir superposer au moins 15 couches (donc quinze feuilles).

4. Mettre le four à préchauffer à 200°C.

5. Poser cinq feuilles de filo dans le plat en prenant soin d’enduire chacune d’entre elles de beurre fondu (le pinceau en silicone, c’est cool aussi !). Puis déposer la moitié du mélange fruits secs / épices. Recouvrir de cinq feuilles de filo (enduites de beurre, toujours). Verser le reste du mélange fruits secs / épices. Et enfin recouvrir des cinq dernières feuilles de filo beurrées.

6. Prédécouper les baklavas en traçant avec un couteau des bandes parallèles puis des obliques (ça doit former des losanges). Et enfourner 15 à 20 min (on surveille).

7. Pendant ce temps faire fondre le miel avec l’eau de fleur d’oranger. Le sirop obtenu est assez liquide mais collant (on peut le remplacer par un sirop de sucre réalisé avec 400g de sucre cuit dans de l’eau mais là, j’avoue, psychologiquement, je ne peux pas utiliser d’un seul coup 400g de sucre ! Les baklavas ne sont déjà pas très lights).

8. Dès la sortie du plat du four verser le miel liquide sur les baklavas (ça grésille et ça nappe légèrement le dessus puis ça s’insinue dans les différentes couches… hummm). Laisser refroidir tranquillement et redécouper proprement les losanges avant de servir.

©le15ter

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Ça ne vous semble peut-être pas évident mais, pour moi, Venise au XVIe siècle et les baklavas, vont parfaitement ensemble. Pendant longtemps, Venise a été la porte ouverte vers l’Orient. On y trouvait des épices, des mets d’origine turque, des objets exotiques et cette lumière dorée qui inonde les peintures vénitiennes. Les baklavas, dont l’origine reste un peu mystérieuse et fortement polémique (les grecs et les turcs s’en disputent la paternité de façon virulente) sont représentatifs de la diffusion de la culture proche-orientale en Europe (de l’est et du sud) durant le Moyen-Âge et les siècles suivants. Le personnage du roman de Metin Arditi montre aussi l’attractivité de Venise au XVIe siècle et le mélange de cultures que l’on y trouve. Finir de lire Le Turquetto en dégustant des baklavas, m’a donc semblé idéal.

Et au fait, heureusement que la fée électricité est revenue car elle est nécessaire pour cuire les baklavas !

Pour en savoir plus :
 
Le livre : Metin Arditi, Le Turquetto, Paris, Actes Sud, 2011. Sur le site de l’éditeur, on peut écouter un extrait du livre.
Le tableau de Titien, l’Homme au gant, sur le site du musée du Louvre.

 

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