La tete dans les etoiles

Image1Depuis plusieurs jours, il fait un temps superbe au-dessus du 15ter (sauf aujourd’hui mais on ne va pas chipoter) et il est pour une fois bien dommage d’habiter en ville car une agréable température nocturne et un ciel dégagé sont propices aux observations stellaires. Malheureusement, le centre-ville, est tellement lumineux que l’œil ne perçoit qu’une infime quantité d’étoiles. Pourtant, impossible pour moi de rentrer tard un jour de beau temps sans lever quelques minutes le menton vers la voûte céleste et tant pis s’il fait froid ou si aucune conjonction n’est visible. Rêver face au cosmos n’a pas d’équivalent. Soyons clairs, je n’y connais presque rien en astronomie sérieuse car je suis trop flemmarde pour m’atteler à des lectures précises et retenir le nom des constellations, les principes physiques et astrophysiques et même pour me tenir informée des actualités sur la question. Mais, je connais un certain nombre de trucs inutiles en lien avec l’histoire de l’Art car il se trouve que les artistes aussi se sont intéressés au ciel étoilé. Et ça c’est de mon ressort. J’inaugure donc une série d’articles sur le sujet !

Giotto, Détail de la voûte de la Chapelle Scrovegni, v. 1304-06, fresque, Padoue

Giotto, Détail de la voûte de la Chapelle Scrovegni, v. 1304-06, fresque, Padoue

Peindre un ciel étoilé a d’abord été en lien avec d’autres domaines : astronomie (ou astrologie, pendant longtemps on ne fait pas la différence), cartographie, mythologie, religion, etc.

Au Moyen-âge, il n’est pas question de donner une représentation réelle du ciel. Le ciel étoilé est représentatif de l’espace divin, sa représentation est donc symbolique comme sur la voûte de la chapelle Scrovegni peinte par Giotto à Padoue.

Adam Elsheimer, La Fuite en Egypte, 1609, huile sur cuivre, 31 x 41 cm, Munich, Alte Pinakothek.

Adam Elsheimer, La Fuite en Egypte, 1609, huile sur cuivre, 31 x 41 cm, Munich, Alte Pinakothek.

L’invention de la lunette astronomique (fin XVIe – début XVIIe siècle) suscita d’abord une certaine méfiance car c’était modifier l’observation de l’œil nu. Mais certains peintres furent sensibles aux découvertes qui découlèrent de son utilisation. Dans La Fuite en Egypte d’Adam Elsheimer (1609, Munich, Alte Pinakothek), on remarque peut-être pour la première fois dans l’histoire de l’Art un ciel étoilé observé. Les étoiles ne sont pas disposées au hasard (on peut deviner la Grande Ourse) et surtout on y découvre la Voie Lactée.

Elisabetta Sirani, Judith et Holopherne, milieu du XVIIe siècle, huile sur toile, 92,8 x 71 cm, Burghley House, Exeter Collection.

Elisabetta Sirani, Judith et Holopherne, milieu du XVIIe siècle, huile sur toile, 236.5 x 183 cm, Burghley House, Exeter Collection.

Cependant, cet intérêt scientifique reste rare. Le plus souvent le ciel étoilé sert de décor à une scène précise et n’a donc qu’un intérêt plus ou moins narratif. Les artistes représentent donc la voûte céleste d’une manière approximative comme dans la Judith d’Elisabetta Sirani (XVIIe siècle, Burghley House, Exeter Collection).

Canaletto, Veillée de Santa Marta, v. 1760, huile sur toile, 119 x 187 cm, Berlin Staatliche Museen.

Canaletto, Veillée de Santa Marta, v. 1760, huile sur toile, 119 x 187 cm, Berlin Staatliche Museen.

Certes, on ne peut nier que dans le tableau de Canaletto, La Veillée de Santa Marta (v. 1760, Berlin, Staatliche Museen) la nuit étoilée semble réaliste et liée à une observation directe du phénomène (vous remarquerez qu’il faisait très noir la nuit à Venise au XVIIIe siècle !) mais la représentation de cette multitude d’étoiles est cependant en grande partie aléatoire.

Jean-François Millet, Nuit étoilée, v. 1851, huile sur toile, 65.4 x 81.3 cm, New Haven, Yale University Art Gallery.

Jean-François Millet, Nuit étoilée, v. 1851, huile sur toile, 65.4 x 81.3 cm, New Haven, Yale University Art Gallery.

La tradition du paysage nocturne est toujours présente chez les artistes modernes. Le thème du ciel étoilé continue de fasciner les artistes comme Van Gogh, Millet, Munch qui se penchent beaucoup moins sur la représentation d’un paysage atmosphérique que sur la transmission d’une émotion toute personnelle face à l’immensité de la voûte céleste, à la multitude des astres qui s’y découvrent et à l’intensité lumineuse de l’espace. La représentation de la nuit étoilée devient alors un sujet en soi. Dans la plupart des tableaux, la présence humaine est absente ou reléguée dans les marges. Le paysage lui-même semble disparaître au profit des myriades stellaires.

Vincent Van Gogh, Nuit étoilée, Arles, 1888, huile sur toile, 72,5 x 92 cm, Paris, Orsay

Vincent Van Gogh, Nuit étoilée, Arles, 1888, huile sur toile, 72,5 x 92 cm, Paris, Orsay

Edvard Munch, Nuit étoilée, Ekely, 1923-1924, huile sur toile, 139 x 119 cm, Oslo, Munch-Museet.

Edvard Munch, Nuit étoilée, Ekely, 1923-1924, huile sur toile, 139 x 119 cm, Oslo, Munch-Museet.

A suivre, la Voie Lactée et les constellations vues par les artistes (je ne vous demande pas votre avis sur la question puisque même l’idée de découvrir en détail le string de Jean-Baptiste n’a pas éveillé votre intérêt !).

Pour en savoir plus :
 
Evaluer la qualité de votre ciel étoilé grâce à l’article de l’excellent site de Ciel & Espace. On trouve sur le site plein d’autres intéressantes informations sur ce que l’on peut observer et comment l’observer.
 
Il est aussi possible de s’intéresser à cette question de la « pollution » lumineuse sur le site de l’Association française d’astronomie (asfa) qui milite pour la protection du ciel nocturne.
 
La nuit dans la peinture a été étudiée de diverses manières. On peut se référer à quelques ouvrages, entre autres :
–       Paulette Choné, L’Atelier des nuits, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1992.
–       Paulette Choné, L’Âge d’or du nocturne, Paris, Gallimard, 2001.
–       Baldine Saint Girons, Les marges de la nuit : pour une autre histoire de la peinture, Paris, Editions de l’Amateur, 2006.
–       Die Nacht, exposition : Munich, Haus der Kunst, 1er novembre 1998 – 7 février 1999, Munich, Haus der Kunst, 1998.
 
Et une dernière précision : d’après les astronomes, dans le tableau d’Elsheimer, toutes les étoiles ne sont pas parfaitement placées malgré une volonté d’être très proche de la réalité.
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