Milky Way

détail Tintoret

détail Tintoret

En choisissant ce titre j’ai bien conscience que pour toute une génération l’image qui domine est celle de la barre chocolatée dont le nom est un vibrant hommage à la préparation vaguement lactée fourrant la friandise (c’est vraiment passé de mode ce truc, non ?). Pour les légèrement anglophones, vous aurez saisi que l’on parle encore d’astronomie !

Les premières représentations du cosmos datent de l’Antiquité. De cette époque, nous avons hérité les constellations et les signes du zodiaque. Dans ce type d’illustrations se mêlent l’observation directe de la position des astres et l’imaginaire. Scrutant le ciel étoilé, les civilisations antiques y ont reconnu des formes ressemblant à des figures mythiques propres à leur culture. Ces regroupements figuratifs d’étoiles (les constellations) étaient perçus à l’époque comme des associations réelles d’astres disposées à égale distance de la Terre sur la sphère céleste (évidemment, aujourd’hui on sait que les étoiles qui nous apparaissent sur le même plan sont en réalité très éloignées dans l’espace).

La Voie Lactée vues à 5000 mètres  © Serge Brunier

La Voie Lactée vues à 5000 mètres © Serge Brunier

Parmi les éléments facilement observables sans instrument optique dans un ciel sans pollution lumineuse (dans l’Antiquité les conditions sont celles-ci), se trouve une traînée blanche, une trace laiteuse qui lui valu son nom : la Voie Lactée. Il s’agit en fait d’une partie de notre galaxie, que nous voyons sur la tranche et jamais dans son ensemble (puisqu’on est à l’intérieur, quoiqu’en périphérie). C’est Galilée qui, au XVIIe siècle et grâce à une lunette astronomique, saisit que cette trace blanche était en réalité composée d’une multitude d’étoiles. Cependant, la compréhension du phénomène pris du temps et c’est la raison pour laquelle on l’expliqua d’abord sous la forme d’une fable intégrée à la mythologie.

Le Tintoret, La Naissance de la Voie Lactée, 1577-1579, huile sur toile, 148 x 165,1 cm, Londres, National Gallery.

Le Tintoret, La Naissance de la Voie Lactée, 1577-1579, huile sur toile, 148 x 165,1 cm, Londres, National Gallery.

La mythologie latine raconte comment Jupiter trompa sa femme, Junon, avec la fidèle mortelle Alcmène (il dut prendre l’apparence de l’époux de la princesse). De cette union naquit Hercule, un demi-dieu donc (enfin vous connaissez l’histoire…). Junon déteste l’enfant évidemment. Mais Jupiter souhaite cependant donner à Hercule la possibilité d’entrer dans l’Olympe. Pour cela, il faut le nourrir du lait d’une déesse. Une première version raconte comment Jupiter profite du sommeil de sa femme pour amener discrètement Hercule auprès de Junon et lui faire boire au sein de la déesse. Réveillée en sursaut par la force avec laquelle l’enfant tète, et justement courroucée, Junon rejette Hercule brusquement. Du lait s’échappe de son sein et crée la Voie Lactée. Evident ! C’est la version choisie par Tintoret au XVIe siècle.

Rubens, La Naissance de la Voie Lactée, début XVIIe siècle, huile sur toile, 181 x 244 cm, Madrid, Prado

Rubens, La Naissance de la Voie Lactée, début XVIIe siècle, huile sur toile, 181 x 244 cm, Madrid, Prado

Dans une autre version, Jupiter encourage Alcmène à abandonner son enfant dans une prairie et Minerve, complice, y conduit Junon. Découvrant l’enfant, la déesse le prend en pitié et lui offre volontairement son sein mais là encore, Hercule tète trop fort (la force herculéenne, n’est-ce pas!) et du lait s’échappe du sein divin. Le tableau que Rubens réalise au XVIIe siècle évoque plutôt cette histoire.

détail Rubens

détail Rubens

On remarque que les artistes ayant traité le sujet firent évoluer la représentation en fonction des découvertes. Chez les artistes de la fin de la Renaissance et du XVIIe siècle, bien que du lait jaillisse toujours du sein de Junon, il se métamorphose souvent en crépitement d’étoiles. La Voie Lactée est identifiée à cette époque (par Galilée entre autres) comme un amas stellaire !

Giovanni de Vecchi et Raffaellino da Reggio,  détail de la Salle de la Mappemonde, 1574-1575, Caprarola, Palais Farnèse

Giovanni de Vecchi et Raffaellino da Reggio, détail de la Salle de la Mappemonde, 1574-1575, Caprarola, Palais Farnèse

La mythologie antique a livré d’autres fables, parfois plus tragiques, pour expliquer la traînée blanche observable dans le ciel nocturne. Phaéton, fils d’Hélios obtient l’autorisation de conduire le char solaire de son père. Mais il se montre imprudent et ne peut maîtriser les fougueux chevaux. Le Soleil s’approche alors dangereusement de la Terre et cause de grands dégâts. Jupiter est obligé d’intervenir. Il foudroie Phaéton qui tombe sur le sol terrestre et meurt. Les cendres du char foudroyé forment la Voie Lactée. La voûte de la salle de la mappemonde au Palais Farnèse de Caprarola reprend cette version.

Pour en savoir plus :
 
La Voie Lactée est théoriquement ce que nous voyons sur Terre de notre galaxie mais par habitude, toute la galaxie est nommée Voie Lactée. Galaxie spirale constituée d’environ 200 milliards d’étoiles (on n’est pas à 2 ou 3 étoiles près), de matière stellaire (gaz et poussières) et de la très mystérieuse matière noire. Âgée d’approximativement 12 milliards d’années, elle est en constante évolution. Sa forme est globalement celle d’un disque de 100 000 années-lumière de diamètre, plus épais au centre. Les étoiles et le gaz tournent autour d’un centre galactique à une vitesse variable en fonction de leur situation par rapport au noyau. Le Soleil, situé entre 25 000 et 28 000 années-lumière du centre, se déplace à la vitesse de 220 km par seconde (et nous aussi par la même occasion !).
Pour avoir des informations plus précises sur un certain nombre de points techniques on peut consulter des encyclopédies ou dictionnaires spécialisés, si possible pas trop anciens (les recherches et les théories évoluent rapidement). Par exemple : La Cotardière (Ph. de) dir., Ferlet (R.) dir., Larousse du ciel. Comprendre l’astronomie du 21e siècle, Paris, Larousse, 2005. Ou, encore mieux à mon avis, ce manuel hyper clair et accessible : Comins (N. F.), A la découverte de l’Univers. Introduction à l’astronomie et à l’astrophysique, Bruxelles, De Boeck, 2011.
 
On lit le Dictionnaire amoureux du Ciel et des étoiles de Trinh Xuan Thuan (Paris, Plon ; Fayard, 2009) pour connaître le mythe du Fleuve d’argent, de la princesse Chuc Nu et du berger Ngâu Lang, car d’autres mythologies content d’autres histoires…
 
Pour les mythes gréco-latins, on trouve l’évocation de l’histoire de Junon et Hercule entre autres chez Hygin, De Astronomia (Livre II, XLIII) et chez Pausanias, Description de la Grèce (Livre IX, chapitre XXV, 2) et chez Diodore de Sicile, Bibliothèque Historique (Livre IV, chapitre  IX).
Le mythe de Phaéton est conté par Ovide dans Les Métamorphoses (Livre II, 1-332) mais c’est surtout Aristote, dans Les Météorologiques (Livre I, chapitre VIII) qui évoque la croyance ancienne (qu’il ne partage pas) d’un lien entre le mythe de Phaéton et la Voie Lactée.
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