Mr Gwyn

couverture

Le soir, quand j’ai eu une grosse journée, j’avoue, je suis une loque sur le canapé. Et j’y reste jusqu’à tard, parce que j’ai la flemme de me lever pour aller dormir !!! Honteux !

Mais l’autre jour, Florence m’a passé un livre que j’ai eu tout de suite envie de lire.  Et j’ai suivi les conseils de Flo. Après avoir regardé un truc divertissant sur mon écran, je me suis traînée jusqu’à mon lit suffisamment tôt pour avoir le courage de lire un ou deux chapitres par soir. Et ça a marché nickel, parce que le plaisir de retrouver ce livre était aussi fort que la flemme du canap’.

Bref. J’ai lu Mr Gwyn d’Alessandro Baricco.

Depuis longtemps Alessandro Baricco est dans mon top ten des auteurs contemporains. Il est même possible que ce soit mon enthousiasme à son égard qui ait conduit Florence à le lire. Mais j’ai un peu délaissé cet auteur chéri et je n’avais même pas vu paraître ce mystérieux Mr Gwyn (merci donc à Flo d’avoir pris le relai).

Je trouve que généralement les textes d’Alessandro Baricco se méritent. Ce n’est pas toujours une écriture très facile. Elle n’est pas fondamentalement difficile non plus, mais disons que cela nécessite un peu d’attention. Or, j’ai trouvé la lecture de Mr Gwyn beaucoup plus fluide que celle d’Océan Mer par exemple (sans doute mon roman préféré pourtant).

Le personnage est assez mystérieux et le reste durant tout le roman. On le suit dans ses certitudes et ses hésitations sans jamais prévoir la destination de tout cela. On pourrait trouver l’histoire assez vaine : un écrivain qui décide d’arrêter d’écrire et qui cherche une nouvelle occupation, un écrivain qui n’écrit plus et qui choisit de faire des portraits littéraires, un auteur de portraits littéraires qui arrête brutalement cette activité alors qu’elle commençait à devenir intéressante. Hummm… étrange. Mais au-delà de cette trame (très résumée ici), ce qui est intéressant comme toujours chez Baricco se sont les ambiances. L’hôtel andalou, l’atelier du copiste, la boutique du fabricant d’ampoules, etc. A chaque fois, ces lieux semblent réels et ce qui s’y passe, aussi bizarre soit-il, paraît plausible et évident. Continuellement on oscille entre la tentation du réalisme et la poursuite d’un fantasme. Car ce livre c’est tout à fait cela, un espace de rêves et de frustrations : on imagine pouvoir changer de vie, on espère des amours impossibles et puis on est parfois rattrapé par la réalité avant de basculer de nouveau dans le merveilleux. Brillant !

J’ai aussi aimé les réflexions sur la solitude du créateur et sur la difficulté du portrait. Pourtant, ce qui m’a le plus touchée dans l’histoire, c’est sans aucun doute l’amitié précieuse qui unit le héros et son agent, personnage tout aussi attachant et lumineux. Mais ce qui se trouve au cœur du livre est certainement essentiellement une méditation sur l’ambition de l’écriture.

Extrait : « Dans le soin des détails, il trouvait un apaisement immédiat. Cela donnait lieu, parfois, à des élans de perfectionnisme presque littéraires. Il lui arriva, par exemple, de se retrouver chez un artisan qui fabriquait des ampoules. Pas des lampes : des ampoules. Il les fabriquait à la main. C’était un petit vieux dans un laboratoire lugubre du côté de Camden Town. Jasper Gwyn l’avait cherché longtemps, sans même être sûr qu’il existait, et il avait fini par le trouver. Ce qu’il entendait lui demander n’était pas seulement un éclairage très spécial- enfantin, lui expliquerait-il – mais surtout un éclairage qui dure un temps déterminé. Il voulait des ampoules qui meurent au bout de trente-deux jours. »

 Dites-moi que ça vous fait envie !

Pour en savoir plus :

Alessandro Baricco, Mr Gwyn, Paris, Gallimard, 2014.

Sur le site des éditions Gallimard, on peut feuilleter et lire les premières pages…

On peut aussi lire avec grand plaisir les autres romans de l’auteur parmi lesquels: Soie, Océan Mer, City, Les Châteaux de la colère, Novecento, Sans sang.

J’ai maintenant envie de lire Trois fois dès l’aube, le roman qui est cité dans Mr Gwyn et qu’Alessandro Baricco a finalement écrit. EDIT du 21/04/2015 : je viens de terminer Trois fois dès l’aube. Une petit roman qui se lit en 2h (mais que j’ai fait durer un peu plus). C’est chouette aussi, mais ça m’a moins plu que Mr Gwyn. Je suis quand même restée saisie par cette phrase de la dernière page : « [elle] pensait à la mystérieuse permanence des choses dans le tourbillon incessant de la vie ».

Une critique du livre par Fabio Gambaro sur le site du Monde.

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