Obsession #2

 

La Belle Bleue, Le Refuge, 2013. Graphisme / Pochette : Roxane Malcavat

La Belle Bleue, Le Refuge, 2013. Graphisme / Pochette : Roxane Malcavat

Parfois dans mon agenda, il y a ce sigle « LBB ». C’est aussi un code SMS avec Fleur lorsque nous nous baladons dans les rues de Nantes le samedi après-midi et que l’une de nous tombe sur ce groupe de musique que nous adorons : La Belle Bleue. Comme leur nouvel album vient de sortir (je l’ai, je l’ai) et comme je suis allée les voir en concert récemment, c’est en voie d’être l’obsession musicale du moment !

Sans aucun doute ce groupe est l’un des plus talentueux que je connaisse (même si c’est vrai que je ne suis pas une experte en musique). Sous une apparence carrément roots, leur production est assez sophistiquée.

1. La musique est inventive et futée. Usant de multiples instruments, les cinq musiciens de cette formation guérandaise osent des combinaisons originales et des expériences de jeu qui, bien qu’a priori futiles sont aussi particulièrement maîtrisées. Les rythmes sont variés, les univers musicaux riches, diversifiés.

2. Ce que je préfère cependant, ce sont les textes. Ces garçons ont du vocabulaire, s’intéressent aux mots, travaillent autant la forme que le fond, ne prennent pas leurs auditeurs pour des idiots et ne cherchent pas la facilité. Des textes pointus et ciselés et une écriture éminemment personnelle apportent un caractère singulier aux compositions. Les deux chanteurs-auteurs ont des styles différents mais qui fonctionnent ensemble et qui donnent des morceaux plus ou moins rock, parfois terre à terre, parfois oniriques, franchement décalés ou plus militants.

3. Les thèmes abordés sont donc à la fois quotidiens et pleins de fantaisie, le banal côtoie souvent le fantastique, les réflexions sociales laissent parfois la place au rêve et au merveilleux. Ainsi, sur le dernier album, je pense qu’il existe un morceau pour chaque moment de la journée…  On se réveille au son de Passager (« du vent, cavalier des rafales, passager de l’eau, ami de la vague et de l’onde… », sous la douche, on écoute Adrénaline à fond (j’espère que vos voisins sont réveillés), on médite un peu devant une tasse de thé/de café en écoutant Un an sans nom, on peste dans la voiture contre les chauffards et en répétant « à mort la fraternité ! L’égalité est perdue d’avance pourquoi courir après ? La liberté, c’est un bel idéal mais trop dangereux pour être rêvé » (Le Triptyque), et au retour, sous la pluie et dans les embouteillages,  on pense au Refuge (« ne grimpe pas trop vite / ne saute pas les étapes / hiberne tes tempêtes / Mêle la neige à ton sang de guerrier, / chaud comme le volcan ». Enfin, on songe un peu en regardant la nuit urbaine par la fenêtre et au son de la Valse du miroir (sublime morceau exceptionnellement au piano), avant de sombrer dans le sommeil. Défilent alors sous les paupières closes Les Eléphants du Morimondo et « les loups aux mâchoires enclume, les veuves noires, les panthères blanches, les fées du pays d’Orébance, les lynx palmés, les lions larsen, les grands gibbons souffleurs d’abeilles, … ».

L’inspiration rock qui se dégage de tous les morceaux s’intensifie en concert (à tenter) et sur certains morceaux plus « engagés ». Le dernier opus est, me semble-t-il, un peu plus sombre que les précédents. La fougue et la hargne, la poésie et le délire sont moins solaires. J’aime aussi évidemment l’ambiance lunaire de certains morceaux et l’atmosphère crépusculaire des autres, mais je note qu’il n’y a pas de morceau seulement lumineux sur ce nouvel album.

Y aurait-il un bémol à cet enthousiasme ? Moui, j’ose à peine maintenant que l’album Le Refuge est mon obsession musicale. Mais je fais quand même une remarque. La qualité des prestations est vraiment pro et tout est très maîtrisé. Reste la question vestimentaire (quoiqu’en cours d’amélioration il me semble). Vous allez me dire, on s’en fout. Oui. Je suis d’accord. Mais je suis aussi persuadée qu’un chouia d’attention, une pincée de maîtrise dans l’allure générale, serait un plus (parce que les vieux jeans informes et les t-shirts décolorés c’est un style, s’il est affirmé). Mais comme en vrai, je ne suis pas une modeuse, j’avoue qu’en fait c’est juste un prétexte pour une minuscule critique. Et, comme je suis égoïste, j’apprécie aussi le côté encore un peu confidentiel de  leur public, les places de concert à 10€, les CD à 12€ et les prestations informelles et gratuites dans les rues le samedi. Le groupe est d’ailleurs généreux en temps lors des ses prestations et sait fédérer un public. C’est tout bon !

Finalement, ce que j’aime le plus c’est peut-être que tous les morceaux soient un peu comme des peintures : figuratives ou abstraites, réalistes ou subjectives mais pleines de nuances, de couleurs, de coups de brosse ou de subtils glacis. Et d’ailleurs, certains textes parlent d’art, par exemple Nu Rodéo (sur l’album Morceaux de papier), ce qui prouve bien que ces artistes ont des préoccupations intéressantes !

Pour en savoir plus :
 
Le site du groupe pour suivre leur actualité, aller voir des concerts, trouver les liens pour acheter les albums ou pour leur page facebook. On y écoute aussi Le Refuge, Adrénaline, Les éléphants du Morimondo et Passager.
Le premier album : Partage ta folie, 2007
Le second : Morceaux de papier, 2010
Le dernier : Le Refuge, 2013.
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