Pamoison

Guido Reni, Saint Sébastien, Rome, Musei capitolini.

Guido Reni, Saint Sébastien, Rome, Musei capitolini.

La question du jour, bonjour : faut-il se pâmer devant  saint Sébastien ? Oui, je sais, dit comme ça c’est un peu brutal. Saint Sébastien mérite au moins toute une conférence d’histoire de l’art, sa représentation dans l’art à même fait l’objet de thèses (les recherches passionnantes sur la question de Karim Ressouni-Demigneux valent le détour). Mais puisque que le sujet est dense, je ne peux pas aujourd’hui me permettre trop de digressions. Soyons efficaces donc.

Saint Sébastien est un martyre chrétien du IVe siècle. Chef des archers romains, il se converti au christianisme (à cette époque ce n’était pas à la mode, c’était même carrément interdit et considéré comme une forme de rébellion).

Découvert, il est donc naturellement condamné à être criblé de flèches par sa propre troupe d’archers. La sagittation (de sagitta, flèche en latin) de saint Sébastien est l’un des thèmes les plus courants de l’histoire de l’art ancien. Jusque là, tout va bien. Le problème c’est que Sébastien est… un saint et que cela implique qu’il accepte son supplice calmement voire même avec plaisir. Oui, avec plaisir !

Andrea Mantegna, Saint Sébastien, v. 1480, tempera sur toile, 255 x 140 cm, Paris, Louvre.

Andrea Mantegna, Saint Sébastien, v. 1480, tempera sur toile, 255 x 140 cm, Paris, Louvre.

mantegna, sebastien, détailEn tous cas, les artistes de la Renaissance et des siècles suivants ont souvent joué sur cette interprétation. Sébastien est représenté nu (ou presque) pour que l’on puisse bien voir les flèches qui traversent son corps (le détail de la flèche dans la cuisse chez Mantegna est superbe). Par ailleurs, il regarde le ciel (vers Dieu) et semble indifférent aux blessures, il est même carrément extatique. Donc vous comprenez le truc : douleur et plaisir sont intimement mêlés et c’est particulièrement troublant pour les spectateurs. Ajoutez à cela que le corps de Sébastien est toujours d’une beauté physique déconcertante (aaah l’idéal du corps parfait hérité de la statuaire antique !) et que très souvent les peintres réussissent plus ou moins subtilement à faire deviner le sexe du saint sous un minuscule drapé et vous comprendrez que l’on conserve des témoignages de pamoison devant les tableaux représentant saint Sébastien !

Là, je suppose que vous souhaitez voir des exemples. Dommage, je vous en montre seulement trois…

1/ Pietro Perugino, Saint Sébastien, v. 1490-1500, huile sur toile, 176 x 116 cm, Paris, Louvre (un corps parfait, un visage angélique et franchement le perizonium ne sert qu’à donner au saint une allure de top model super sexy!)

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Pietro Perugino, Saint Sébastien, v. 1490-1500, huile sur toile, 176 x 116 cm, Paris, Louvre

2/ Joachim Anthonisz Wtewael, Martyre de saint Sébastien, 1600, huile sur toile, 169.2 x 125.1 cm, Kansas City, The Nelson-Atkins Museum of Art (outre le déhanché fantastique, de près on peut franchement voir… des poils pubiens ! )

Joachim Anthonisz Wtewael, Martyre de saint Sébastien, 1600, huile sur toile, 169.2 x 125.1 cm, Kansas City, The Nelson-Atkins Museum of Art

Joachim Anthonisz Wtewael, Martyre de saint Sébastien, 1600, huile sur toile, 169.2 x 125.1 cm, Kansas City, The Nelson-Atkins Museum of Art

3/ Jacopo de’ Barbari, Saint Sébastien, 1510-1512, gravure, 21.1 x 15.1 cm, Londres, British Museum (le perizonium n’est retenu que par le sexe, ce qui est… troublant)

Jacopo de'Barbari, Saint Sébastien,

Jacopo de’ Barbari, Saint Sébastien, 1510-1512, gravure, 21.1 x 15.1 cm, Londres, British Museum

La question est donc : saint Sébastien fait-il toujours autant d’effet aujourd’hui, à l’époque du cinéma, de la télé et d’internet où, ne le niez pas, vous avez vu des représentations bien plus érotiques ! Personnellement, je suis persuadée que le mérite de la peinture est justement d’être incroyablement efficace tout en proposant une image fixe (le cadrage, les point de vue en contre-plongée, la précision du tracé, l’idéalisation des corps…). Par ailleurs, la matière picturale et la facture de l’artiste sont des éléments tellement sensuels (dans l’idée qu’ils parlent aux sens : vue, toucher…) que je pense que l’on peut encore se pâmer devant des saints Sébastien mais peut-être sans s’évanouir complètement…

A vos sels !

Pour en savoir plus :
 
Pour l’histoire de saint Sébastien, on se réfère évidemment à  La Légende Dorée de Jacques de Voragine.
La thèse de Karim Ressouni-Dumigneux : Le corps de saint Sébastien. Charme, dévotion et image au Moyen-Âge et à la Renaissance (sous la direction de Daniel Arasse, soutenue en 2002, non publiée) mais on peut déjà se faire une opinion sur le sujet avec son mémoire de maîtrise : La Chair et la flèche. Le regard homosexuel sur saint Sébastien tel qu’il était représenté en Italie autour de 1500, à lire ici.
Le blog Saint Sébastien, une évolution symbolique créé par des étudiants en histoire de l’art. 
Le site du Louvre pour le saint Sébastien de Mantegna.
La Dulwich Picture Gallery a consacré une exposition aux saints Sébastien de Guido Reni en 2008 : The Agony & the Ecstasy qui fit couler beaucoup d’encre dans les journaux anglais, notamment parce que l’une des déclinaisons présentées était la couverture du magazine gay Refresh Magazine de Juin/Juillet 2007 (allez voir!).
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