Pietra viva

pietra1Je ne lis pratiquement jamais de romans traitant de vies d’artistes. D’abord parce que je ne suis pas fan de biographies en général. Ensuite parce que par définition une biographie romancée prend de grandes libertés avec la réalité et que je ne vois pas l’intérêt (pourquoi ne pas simplement inventer un personnage en s’inspirant d’un personnage réel, pourquoi faut-il toujours réinventer l’histoire ?). Enfin, parce que lorsqu’il s’agit d’artiste c’est encore plus frustrant pour moi étant donné que je connais un peu le sujet. C’est exactement la même chose lorsque nos livres préférés sont adaptés au cinéma : ce n’est jamais aussi bien que le livre et ça ne respecte pas du tout ce que l’on connaît de l’histoire.

Bref, je dirai qu’il y a maintenant trois exceptions à mon désintérêt pour les romans inspirés par les vies d’artistes.

 

artemisiaPremièrement, Artemisia d’Alexandra Lapierre. Certes, l’auteur prend des libertés en donnant la parole à ses personnages mais son enquête a été tellement minutieuse qu’elle a en réalité fait un véritable travail d’historien. Ses recherches ont considérablement fait évoluer nos connaissances sur l’artiste. Evidemment, Alexandra Lapierre insiste sur la vie personnelle de l’artiste et aborde assez peu sa création. Mais c’est aussi le cas de nombreux articles, thèses, catalogues d’exposition consacrés à cette femme artiste. On parle beaucoup trop de sa vie et trop peu de ses œuvres. En tous cas, lorsque j’ai lu ce roman il y a plusieurs années (10 ans au moins, c’est dingue), j’ai adoré.

 

valetDeuxièmement, Le Valet de peinture de Jean-Daniel Baltassat. Il y est question du mystérieux voyage entrepris par Van Eyck au Portugal à la demande du Duc de Bourgogne. C’est intelligent car l’auteur s’engouffre dans une faille de l’histoire. Plutôt que de narrer toute la vie du peintre, il choisit d’imaginer ce qui s’est passé durant cette ambassade dont on sait qu’elle a existé mais dont les détails restent obscurs. Autrement dit, l’ensemble s’appuie sur des faits réels et plutôt bien respectés d’après mon souvenir mais brode une aventure somme toute légitime. C’est assez captivant et terriblement bien écrit.

 

pietraEnfin, et c’est véritablement l’objet de cet article, Pietra Viva de Léonor De Récondo. S’attaquer à Michel-Ange, c’est gonflé. En même temps, autant choisir un peintre célèbre. L’originalité du livre c’est de n’aborder qu’une toute petite partie de la vie du génie : les quelques semaines passées à Carrare pour sélectionner le marbre destiné au tombeau du pape Jules II. Là encore, cela s’inscrit dans une trame historique relativement correcte même si je trouve que l’auteur prend quand même des libertés. Par ailleurs, si l’on sait que Michel-Ange allait régulièrement à Carrare pour choisir ses blocs de marbre, on ne connaît pas vraiment les détails de ses voyages. Et c’est donc intelligent de choisir ce biais. Ceci dit, j’ai été séduite aussi par l’ambiance et l’écriture de ce petit ouvrage. A priori, je n’aime pas trop l’introspection, d’autant moins quand on imagine celle des autres. Mais je dois avouer que cela fonctionne dans ce livre. Il faut reconnaître que les personnages secondaires sont suffisamment captivants, sans être envahissants, pour maintenir l’attention de lecteur. Ce n’est pas un livre à suspens, je l’ai donc savouré et l’ai lu en plusieurs soirées. Un véritable petit plaisir…

 

Pour en savoir plus :

Alexandra Lapierre, Artemisia, Paris, Robert Laffont, 1998. Des extraits, des avis, une présentation très chouette ici.

Jean-Daniel Baltassat, Le Valet de peinture, Paris, Robert Laffont, 2004. Le résumé rapide ici. 

Léonor De Récondo, Pietra Viva, Sabine Wespieser éditeur, 2013. Une présentation et la possibilité de lire un extrait (pdf) .

 

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