Plein les yeux #1

présentationA Paris, il est toujours possible de visiter des dizaines d’expositions, de musées, de monuments, de sites. Le choix est toujours cornélien. Chagall ou Giotto ? Les Macchiaioli ou les Mille et une nuits ? Le Louvre ou Orsay ? Dilemmes qui se résolvent souvent très vite : durée du séjour, budget, temps d’attente (si vous n’avez pas pris vos billets coupe-file à l’avance), horaires d’ouverture. Une fois que l’on a croisé toutes les données, il ne reste parfois que quelques possibilités. C’est alors que les goûts et les couleurs interviennent enfin. Bref, pour moi la semaine dernière c’était Giotto (et un peu du Louvre), Chagall au musée du Luxembourg, l’Ange du bizarre (et un peu du musée d’Orsay), les Mille et une nuits à l’Institut du monde arabe, Dynamo au Grand Palais et les Macchiaioli (et les Nymphéas à l’Orangerie). Non, je ne suis pas complètement droguée aux expos mais disons que certaines de ces visites étaient professionnelles…

chagall1. « Chagall : entre guerres et paix » est une proposition correcte et sans surprises. J’ai été personnellement un peu déçue parce que j’avais déjà lu tellement de choses sur l’expo pour mon travail que je reconnaissais tout mais je ne suis donc pas le meilleur juge. La muséographie est cependant assez belle, fluide et les cimaises grises font ressortir l’intensité chromatique des œuvres dont l’aspect chatoyant est amplifié par l’éclairage soigné. Le point négatif c’est le coût du billet, toujours très élevé, même pour les professionnels, ce que je trouve indécent sachant que c’est maintenant la RMN qui gère le lieu. On y va quand même pour voir les peintures aux couleurs éclatantes de Chagall, ses compositions virevoltantes, son univers fantasque et mystique. Les toiles sont à la fois d’un dynamisme féroce, chargées et intenses mais aussi le reflet d’un monde intérieur contemplatif et paisible. Il faut aussi s’attarder sur les dessins à l’encre et la série d’estampes illustrant la Bible d’une grande richesse plastique.

Giotto-e-compagni-Louvre22. « Giotto e Compagni » au Louvre est une exposition plus confidentielle et destinée à un public d’amateurs. Car, bien que le propos soit très abordable et les explications limpides, la proposition n’est pas très exaltante. Evidemment, les amoureux de la peinture des primitifs italiens y retrouveront de quoi être émerveillés : la couleur relativement brillante, l’expressivité mesurée des personnages, le traitement novateur de l’espace de Giotto et de son entourage. Malgré cela l’exposition peut aussi ne pas séduire : peu d’œuvres du maître, essentiellement des peintures sur bois (les fresques sont évidemment dans leurs lieux d’origine) dont les conditions de conservation ne sont pas toujours excellentes (mais c’est assez normal étant donné l’âge des pièces). La muséographie est très sommaire puisque la présentation a lieu dans la salle de la Chapelle (une salle blanche et carrée que je trouve toujours très froide, au propre comme au figuré). J’aime la qualité des expositions du Louvre en général. Celle-ci est de bon niveau mais ne me semble pas révolutionner la question, ni donner à voir d’une manière inédite les œuvres.

orsay3. « L’Ange du bizarre. Le romantisme noir de Goya à Max Ernst » à Orsay m’a plus séduite. Outre le titre qui me plaît (bizarre, vous avez dit bizarre ?), on peut y voir pas mal d’œuvres que j’avais justement étudié récemment pour des conférences. Le sujet est riche et passionnant (ce qui veut dire que l’exposition est aussi dense et longue). Divisée en trois périodes associées à trois courants : le romantisme, le symbolisme et le surréalisme, l’exposition propose un parcours dans l’univers fantastique, conscient ou inconscient, de l’Europe tourmentée du XIXe et du début du XXe siècle. Si les deux premières parties sont assez complètes et bien analysées, la dernière partie me semble superflue. De toute évidence le surréalisme sort du champ chronologique habituel du musée et la question est traitée de manière superficielle avec des œuvres qui ne m’ont pas toujours semblées pertinentes. Mais on y va surtout pour les deux premières parties qui présentent des œuvres sombres et au charme machiavélique. Le diable et la mort y sont très présents par le biais d’ambiances spiritistes, de personnages ambigus et de paysages énigmatiques (houuuuu… houuuuuu…). Le pouvoir d’évocation des peintures et des estampes présentées est tel que l’on comprend qu’elles aient inspiré des univers cinématographiques. Les liens entre peinture et cinéma sont d’ailleurs clairement évoqués par la projection de courts extraits de films dont la présentation est particulièrement soignée.

orangerie4. Je n’avais pas prévu initialement d’aller voir « Les Macchiaioli 1850-1874, des impressionnistes Italiens ?» à l’Orangerie mais puisque j’avais encore un peu de temps lundi matin, l’expo était toute indiquée. Il n’y a pas foule pour visiter cette proposition du musée d’Orsay sans doute parce que le terme italien reste peu utilisé en France et peu connu du grand public. La présentation des œuvres de ces artistes de la tache (macchia) est très réussie. Les œuvres de petit format sont présentées sur des fonds sombres de différentes couleurs. L’éclairage fait ressortir la lumière crue des tableaux. Car c’est de cela surtout qu’il est question : rendre sensible l’éblouissement visuel de l’observation en plein air. Comme les impressionnistes, et un peu avant eux, les Macchiaioli tentent de saisir les sensations lumineuses et les effets d’atmosphère. Mais alors que les Français usent de touches vibrantes et rendent compte du mouvement, du temps et de la fluctuation des choses, les Italiens synthétisent, s’attachent à construire l’espace avec des blocs de matière picturale et des aplats. D’où le point d’interrogation fort bienvenu dans le titre de l’exposition. Le parcours est court mais assez saisissant et on se surprend souvent à plisser les yeux comme éblouis par le soleil méditerranéen peint sur les minuscules toiles.

institut-monde-arabe5. Et comme ça faisait très longtemps que je n’étais pas allée à l’Institut du monde arabe, l’exposition sur « Les Mille et une nuits » dont j’avais entendu plutôt du bien me semblait tout indiquée. J’avais envie de revoir l’architecture de l’Institut, j’étais aussi curieuse du thème de l’exposition. Les Milles et nuits ça fait toujours un peu rêver. Le point positif de l’exposition est l’organisation par sections thématiques : le texte, la guerre, l’amour… qui évoquent des sujets transversaux aux contes et présentent différents objets pour illustrer les propos. Le point négatif : la muséographie que j’ai trouvé parfois trop appuyée (le décor de la caverne est franchement kitsch). L’ensemble est cependant divertissant et tout public. Quant au bâtiment, il n’a pas trop vieilli et sa façade est toujours impressionnante. Lorsque l’on sort des espaces d’exposition, mais que l’on reste à l’intérieur, j’ai toujours une légère déception. Les parois de verre laissent passer la lumière mais donnent un aspect assez froid aux lieux de circulation alors que j’espère toujours une chaleur enveloppante que j’associe à l’Orient.

Et Dynamo ? La prochaine fois, et prévoyez vos lunettes de soleil !

Pour en savoir plus :
L’exposition du musée du Luxembourg jusqu’au 21 juillet 2013
L’exposition du Louvre jusqu’au 15 juillet  2013
L’exposition de l’Orangerie jusqu’au 22 juillet 2013
L’exposition du musée d’Orsay jusqu’au 9 juin 2013
L’exposition de l’Institut du monde arabe mais déjà finie !
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