Rien n’est trop beau

rien n'est trop beauCe titre n’est pas une introduction pour parler d’une marque de make-up qui a pourtant retenu une formule analogue (…parce que je le vaux bien ! haha), mais c’est exactement le titre d’un livre publié à la fin des années 50 et que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt.

Le titre de ce livre est, en réalité, inspiré d’une petite annonce parue dans le New York Times pour recruter de jeunes femmes désireuses de trouver un travail à New York dans les années 50. Ecrit par Rona Jaffe, ce livre est à mi-chemin entre un témoignage (l’auteur ayant elle-même travaillé dans des bureaux au début de sa carrière et ayant utilisé de nombreux témoignages de jeunes femmes de sa génération), et un roman (avec un début, des péripéties et une fin). C’est surtout une incroyable plongée dans l’atmosphère citadine de l’après-guerre et son lot d’émancipations et de déceptions. Les jeunes femmes de cette histoire sont toutes plus ou moins « modernes ». Elles ont fait des études à l’université, travaillent, ont des petits amis qu’elles n’épousent pas, se font avorter, font carrière, divorcent, élèvent seules leurs enfants, etc. Mais cette période de transition montre aussi comment elles rêvent encore toutes d’une vie plus « classique ». Certaines choisissent de privilégier leur travail mais la plupart abandonnent vite cette vie indépendante pour se marier. L’héroïne principale, Caroline Bender, est sans doute celle qui se trouve la plus marquée par cette expérience mais c’est aussi celle qui est la plus désabusée car son émancipation est fortuite, marquée par des déceptions personnelles et parce qu’elle assiste souvent en spectatrice aux déboires de ses camarades.

« Pourquoi diable avez-vous besoin de prendre les choses tellement au sérieux ? Où tout cela va-t-il vous mener ? C’est bien d’aimer son travail, il faut qu’une fille ait une occupation jusqu’à ce qu’elle se marie, mais vous, vous vivez avec à chaque instant de la journée. Vous êtes beaucoup trop ambitieuse et le pire, c’est que vous vous battez contre des moulins à vent. Si vous aviez un talent de chanteuse d’opéra, de peintre ou d’astrophysicienne, je dirais tant pis, c’est inévitable. Un artiste ou un génie ne peut s’empêcher de faire ce qu’il fait. Mais vous, vous vous cassez la tête pour votre petite maison d’édition de troisième ordre ». Et tac ! Cette citation à le mérite de brosser clairement le tableau…

Rien n'est trop beau2Bien évidemment, on ne peut que se sentir solidaires de ces jeunes femmes qui nous ressemblent finalement beaucoup. Et parfois, on reconnait clairement des situations qui n’ont pas tellement changées en soixante ans ! Bien sûr, les histoires sont parfois nostalgiques ou tragiques mais Rona Jaffe a su parfaitement montrer aussi les aspects positifs de l’émancipation féminine et surtout, elle a créé des liens d’amitié intéressants entre les personnages. Son texte est très rythmé, franc mais pas sec. Bref, j’ai beaucoup aimé ce livre.

Pour compléter ce livre sur deux notes plus légères, je conseille aussi deux films que j’aime particulièrement et qui abordent aussi les femmes carriéristes, plutôt dans les années 60.

Ainsi, bien que le film Bye Bye Love soit pensé comme un divertissement avec des rebondissements assez peu réalistes, on y voit la misogynie ambiante et la difficulté de concilier vie privée et vie professionnelle pour les jeunes femmes de cette génération. Les acteurs sont excellents et les costumes et les décors particulièrement soignés. L’intrigue se déroule également à New York, avec une bande son super !

Le film français Populaire, se présente clairement comme une comédie romantique mais bien que l’intrigue soit assez classique, le milieu dans lequel elle se déroule est plutôt ludique et original : les concours de dactylographie. C’est donc également l’occasion de suivre des personnalités féminines ambitieuses et qui s’émancipent par le travail.

Mais, sur la plage, le livre est quand même plus facile à transporter ! Ceci dit, le livre a été adapté en film en 1959 et je crois que je vais essayer de le trouver pour voir ce que ça donne…

Pour en savoir plus :
 
Rien n’est trop beau de Rona Jaffe fut publié en 1958 sous le titre The Best of everything. La première publication française date 1960 chez Robert Laffont. Mon édition est une réédition, dans une traduction intégrale, revue et corrigée par Jean Rosenthal, le traducteur d’origine, pour les Presses de la Cité. Mon exemplaire date de 2013 au Livre de Poche. Le livre fut un best-seller à sa sortie en 1958 et reste le livre le plus célèbre de l’auteur.
 
Bye Bye Love (Down with Love) de Peyton Reed, 2003.
 
Populaire de Régis Roinsard, 2012. Sur le site du film, on peut tester sa vitesse de frappe dactylographique! Oh yeah ! 
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