Sherlocked

Sherlock © BBC

Sherlock © BBC

J’ai eu peu le temps de lire ces derniers temps (ou plus exactement j’ai lu des trucs mais pas vraiment de la littérature, arhum !). Mais si vous suivez ponctuellement ce blog vous aurez compris que je me suis finalement lancée dans la relecture des Sherlock Holmes de Conan Doyle. Si vous me demandez pourquoi, c’est que vous vivez sur une autre planète. Entre la série de la BBC, celle de la chaîne américaine CBS et les adaptations filmées de Guy Ritchie, Sherlock is all over.

Il m’a toujours semblé que Sherlock Holmes était l’un des personnages les plus fascinants du monde littéraire. Rien que son nom est une tuerie. Je ne sais pas comment Arthur Conan Doyle a inventé ce nom mais c’est un coup de maître car avant même de connaître le personnage, le nom renseigne sur sa complexité et sa singularité.

Elementary © CBS Television Studios

Elementary © CBS Television Studios

Vous savez que l’holmésologie est une sorte de vraie fausse science ? Il existe tellement de fanatiques de Holmes depuis sa création que certains ont consacré des thèses au personnage. Et les débats alimentent toutes sortes de réunions, de rencontres de spécialistes et de clubs en tous genres.

Je me demande à quoi tient exactement la réussite de ce personnage. Finalement Sherlock Holmes pourrait être très antipathique : suffisant, asocial, d’humeur inégale, etc. Mais Doyle lui a donné ce qu’il faut de défauts et de qualités pour le rendre attachant et captivant. Oui, je fais partie des lecteurs passionnés et complètement happés par le charisme holmésien. Je crois avoir dévoré tous les recueils de nouvelles et tous les livres à l’adolescence et je me souviens encore de cette fièvre de la lecture, cette excitation intense, cette admiration totale pour le personnage mais aussi pour les récits de Doyle qui ne se contente pas de mettre en scène Holmes et Watson mais transporte le lecteur au cœur de l’Amérique, dans les îles indonésiennes ou dans la lande anglaise. Sans être une complète obsession, je dois avouer n’avoir jamais totalement décroché de cette addiction.

Sherlock Holmes par Guy Ritchie © Warner Bros. France

Sherlock Holmes par Guy Ritchie © Warner Bros. France

Alors, évidemment que je regarde tout (ou presque) ce qui touche à l’incarnation du héros. Tout, mais pas toujours avec la même ferveur.

J’aime bien les films de Guy Ritchie parce qu’on y retrouve la gouaille d’Holmes quand il se grime, son exubérance, son côté punchy et musclé. Et puis, c’est celui qui nous plonge vraiment dans un London de littérature, grandiose et brumeux. So british ! J’ai aussi carrément un faible pour Robert Downey Jr, son style charmeur et roublard, son humour et son allure. Evidemment, je trouve le reste du casting intéressant et notamment le choix de Jude Law en Watson, dandy et séduisant. Un vrai courant passe entre les deux et alimente toutes sortes d’ambiguïtés dans une veine plutôt burlesque.

Robert Downey Jr in Sherlock Holmes par Guy Ritchie © Warner Bros. France

Robert Downey Jr in Sherlock Holmes par Guy Ritchie © Warner Bros. France

Je suis aussi depuis le départ la série américaine Elementary (vous savez que Holmes ne prononce jamais « Elémentaire, mon cher Watson », en vrai dans les livres ?!). Bref, le titre est plutôt sympa parce qu’il affirme le décalage. Le personnage joué par Jonny Lee Miller (super acteur ayant pas mal tourné pour la BBC aussi) pourrait d’ailleurs ne pas s’appeler Holmes ou bien n’être qu’un descendant du grand détective parce que la transposition dans le New York du XXIe siècle oblige quand même à pas mal d’adaptations. D’un point de vue scénaristique, ça se tient, mais il aurait été tout aussi satisfaisant d’imaginer un nouveau personnage avec les qualités de Holmes et… un autre nom. Dans cette version Sherlock est un ancien toxico, Watson une femme qui joue dans un premier temps son compagnon de sobriété, le Capitaine Gregson est devenu américain (dans les livres, il est le concurrent direct de Lestrade à Scotland Yard), le britannique Lestrade se retrouve avec une carrière plutôt  incertaine et Mycroft est un célèbre chef (de cuisine) anglais encore un brin mystérieux (joué par l’excellent Rhys Evans, vous vous souvenez de Anonymous ?). Reste quelques petits clins d’œil sympas au vrai Holmes et notamment la passion des abeilles et de toutes sortes d’expériences a priori inutiles et dangereuses. Ce qui est le plus intéressant dans cette adaptation me semble être le rôle d’Irène Adler (j’aimerai vraiment vous dire pourquoi mais je ne peux décemment pas dévoiler cette partie de l’intrigue). Malgré tout, dans cette version, le personnage me semble un brin moins captivant et je trouve aussi que tout en étant sympa cette série n’est pas la plus intense des expériences.

Jonny Lee Miller as Sherlock Holmes in Elementary ©  CBS Television Studios

Jonny Lee Miller as Sherlock Holmes in Elementary © CBS Television Studios

Alors que, bien sûr, le Sherlock de la BBC conduit à des délires passionnés (du moins pour moi). Cependant, il faut être patient car les épisodes sont présentés au compte-gouttes avec de grands périodes de latence. Mais c’est aussi ce qui encourage l’hystérie, non ?

Martin Freeman & Benedict Cumberbatch in Sherlock © BBC

Martin Freeman & Benedict Cumberbatch in Sherlock © BBC

Cette version est également une adaptation moderne. Sherlock Holmes utilise constamment son téléphone portable pour envoyer toutes sortes de textos, Watson tient un blog et Moriarty est un hacker génial. Ce qui fait la qualité de cette série est sans aucun doute la justesse du scénario (Steven Moffat et Mark Gatiss sont des génies !), sa complexité mais aussi ses liens revisités avec les histoires de Doyle et sa mise en scène inventive, rythmée mais aussi vaguement décousue et qui occasionne une tension continuelle, jusqu’au dénouement final. Le spectateur est toujours celui qui ne comprend rien et auquel Sherlock finit par dévoiler dans un grand déballage de phrases (Watson lui rappelle qu’il est une drama queen), la solution. L’humour n’est pas absent de cette version, au contraire, il me semble qu’il se glisse pas mal de private jokes (le coup du dragon, dans le dernier épisode, hahaha !) et d’une manière générale Sherlock use d’un certain sens de l’humour, le plus souvent aux dépens de Watson. C’est aussi l’adaptation la plus ambitieuse à mon sens. Les personnages sont d’une grande complexité, les trames narratives riches et la forme finale assez diversifiée d’un épisode à l’autre. Cette version est ma préférée car j’y retrouve l’exaltation de mes lectures et la même addiction qui me fait trépigner d’impatience entre deux épisodes. Avouons que la réussite de la série tient aussi au casting. Martin Freeman campe un Watson de premier ordre, humain, un brin dragueur au début, sensible mais sur qui on peut toujours compter et possédant un aplomb sans faille (ou quasiment) face au hautain détective et aux situations périlleuses. Quant à Sherlock il est magistralement interprété par l’excellent et omniprésent Benedict Cumberbatch, dont le style racé et l’étrangeté conviennent parfaitement au héros londonien. I am Sherlocked !

Pour en savoir plus
 
On regarde aussi le célèbre film de Billy Wilder, une version parodique avec Robert Stephens : La Vie privée de Sherlock Holmes. Le film se moque gentiment des personnages.
On peut aussi se refaire la série historique avec Jeremy Brett (à mon sens l’acteur qui ressemble le plus à l’image que j’avais imaginé de Sherlock en lisant les livres mais peut-être parce que la série fut diffusée à l’époque où je lisais les livres justement !). Ou bien revoir les films avec Basil Rathbone (ambiance de polar, brume et déguisements) tournés dans les années 40 et dont les histoires sont souvent remaniées pour correspondre au contexte de la Seconde Guerre Mondiale. Sherlock Holmes y est particulièrement patriote, ce qui n’est pas un contresens car dans les nouvelles de Conan Doyle, il est courant que Holmes participe à des enquêtes liées à la défense de son pays (en particulier contre la Prusse), d’autant que son frère Mycroft  travaille pour le gouvernement.
Les films de Guy Ritchie avec Robert Downey Jr et Jude Law sont forcément divertissants.
Pour tout savoir sur la série de la BBC, sobrement nommée Sherlock, on file sur le site Sherlockology.
Et on peut découvrir un peu la série de CBS, Elementary.
Bien sûr on relit les textes de Sir Arthur Conan Doyle. Les nouvelles pour les plus pressés, les grands romans pour les plus addicts.
By the way, le titre de cet article est un emprunt éhonté du merveilleux mot de passe choisi par Irene Adler dans l’épisode 1 de la saison 2 de Sherlock. Dire que je n’y avais pas pensé avant ! Et c’est aussi le nom de la future Convention spécialement organisée en 2014.
 
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4 Responses to Sherlocked

  1. Lilou says:

    Je re-regarde la saison 3 de Sherlock qui est diffusée en ce moment. C’est toujours un plaisir. Je suis d’accord avec toi, je trouve que cette adaptation fonctionne bien !

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