Sun’chine

© le15ter

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L’été est vraiment la saison des vide-greniers et des brocantes de bord de mer. Et quand on habite pas loin de la côte (héhéhé), on peut sans complexe y faire une petite excursion dominicale et matinale (héhéhé encore). Je suppose qu’il existe des analyses très scientifiques de la question, mais il est évident qu’on ne trouve pas les mêmes choses au même prix dans les villes, les campagnes et les stations balnéaires. De même que chaque lieu à sa faune, sa flore et ses rites, chaque endroit à ses vide-greniers et ses chineurs…

Il se trouve que je chine dans les trois types de lieux (ville, mer, campagne) et que je finis toujours par ramener le même genre de trucs (on ne se refait pas). Et qu’y avait-il hier à La Bernerie ? D’intéressants objets que je n’ai pas achetés : une table roulante à plateau pliant, une très belle gravure d’après Poussin, des escabeaux de bibliothèque, des boutons de collection, de la dentelle, une jolie nappe brodée à la main, des chemises d’homme, de vieux magazines de décoration, des verres en cristal de bohème, etc.

© le15ter

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Etant donné ce qu’il y avait dans mon porte-monnaie (c’est-à-dire assez peu), je me suis contentée d’acheter une bobine de fil gris clair en coton (hyper vintage), un livre sur Rodin et six mignonnes tasses noires avec leurs soucoupes. Et je suis très fière de mes achats !

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Le livre sur Rodin est super. Rodin et la photographie est une exposition organisée par le musée Rodin en 2007. Je me souviens très bien NE PAS avoir vu cette exposition et être tombée sur une question la concernant au concours de conservateur de musée l’année suivante (damned !). Quoiqu’il en soit, le catalogue de l’exposition m’a forcément tapé dans l’œil. Et en le feuilletant, je n’ai pas été déçue, le propos est riche et passionnant. Car Rodin (qui fait de la sculpture à une époque où la photo n’est pas encore au top de sa technique mais se développe considérablement), utilise la photographie de plusieurs manières dans son processus de création.

Jean Ernest Bulloz, Grande Ombre, 1903-1904, photographie, épreuve gélatino-argentique, 35 x 26.3 cm, Paris, Musée Rodin

Jean Ernest Bulloz, Grande Ombre, 1903-1904, photographie, épreuve gélatino-argentique, 35 x 26.3 cm, Paris, Musée Rodin

C’est d’abord pour lui un témoignage de son travail (en 1877, il est accusé d’avoir moulé L’Âge d’airain sur son modèle et non de l’avoir sculpté) et de la vie de l’atelier. Les photographies sur lesquelles les formes sont détourées à la gouache sont également utilisées comme un modèle pour des dessins ou des gravures de ses sculptures et deviennent un moyen de création graphique. Evidemment, la photo est aussi un moyen de reproduire ses œuvres et de diffuser ses créations.

Anonyme, Vulcain, annoté par Rodin, v. 1889, photographie sur papier albuminé, 10 x 15.4 cm, Paris, Musée Rodin

Anonyme, Vulcain, annoté par Rodin, v. 1889, photographie sur papier albuminé, 10 x 15.4 cm, Paris, Musée Rodin

Ce qui est plus étonnant c’est de voir la manière dont Rodin va complètement lier son travail sculpté, son travail graphique et la photographie. Les photographies découpées et assemblées sont parfois à l’origine de nouveaux groupes sculptés, de nouvelles créations. De même, les ajouts au crayon ou à l’encre permettent de donner un autre aspect à une œuvre sculptée existante. Plus rarement, Rodin met en scène ses sculptures au moment de la prise de vue, voilant certaines parties, ajoutant des éléments mais toujours il participe au choix du cadrage, du point de vue, de l’éclairage.

Jean Limet, Monument des Bourgeois de Calais, v. 1904, photographie, tirage à la gomme bichromatée, 37.5 x 26 cm, Paris, Musée Rodin

Jean Limet, Monument des Bourgeois de Calais, v. 1904, photographie, tirage à la gomme bichromatée, 37.5 x 26 cm, Paris, Musée Rodin

Le catalogue de l’exposition de 2007 propose d’autres aspects du lien entretenu par Rodin et les photographes. Ainsi, on y découvre des travaux pictorialistes (ce courant qui fait de chaque photographie une œuvre d’art, comme une peinture) dont les effets sont obtenus par divers procédés techniques et chimiques et qui dans le cas de la sculpture de Rodin viennent souvent gommer le volume inhérent à la ronde-bosse pour proposer une lecture en deux dimensions du sujet sculpté. Œuvres à part entière, les photographies pictorialistes furent autorisées et collectionnées par Rodin himself. La collection du musée Rodin est à ce titre d’une richesse incomparable.

Ce superbe catalogue va donc rejoindre avec bonheur l’étagère consacrée aux artistes du XIXe siècle dans la bibliothèque.

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Oh ! et puis les petites tasses jaunes / roses et noires avec un liseré doré, sont vraiment trop chouettes. Très fifties,  je trouve. Elles seront parfaites pour servir des entremets en dessert (même si je prépare rarement des entremets en dessert !). Reste à savoir où je vais pouvoir les ranger ?

Pour en savoir plus :
 
Hélène Pinet (dir.), Rodin et la photographie, catalogue de l’exposition : Musée Rodin, Paris, 14 novembre 2007 – 2 mars 2008, Paris, Gallimard ; Musée Rodin, 2007.
 
On peut aussi consulter la page du musée Rodin sur le thème de la photographie.
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