Tale

afficheIl y a quelques mois je suis allée voir The Tale of tale au cinéma parce que esthétiquement et narrativement ce film me paraissait intéressant. Et il l’était effectivement. Clairement, ce film ne m’a pas laissée indifférente sans que je puisse dire que je l’ai vraiment aimé. En fait, c’est assez intrigant car l’image est très belle, le merveilleux et le fantastique sont subtilement dosés mais chaque histoire possède une réelle monstruosité, une atrocité quelconque qui donne à ce film un aspect… écœurant. C’est vraiment le mot qui m’est venu à l’esprit, juste après son visionnage.

 

Les contes sont donc sanglants et mortels et même s’ils finissent bien, on conserve souvent une certaine amertume.

J’ai logiquement voulu savoir si tout cela venait de l’adaptation filmée ou si on retrouvait cet aspect dans les contes originels de Giambattista Basile. J’ai donc acheté une version réduite du Conte des contes… que je viens de finir de lire.

Le Conte des contes.inddSi l’adaptation de Matteo Garrone est vraiment proche des contes originaux, je pense que l’ambiance est différente de celle évoquée par Basile. D’après la traduction que j’ai lu (et je rappelle qu’il ne s’agit que d’un extrait de certains contes), je dirais que le texte est moins sombre. Plus exactement, bien que les histoires soient étranges et sanglantes, les contes se finissent toujours par une morale populaire (un dicton, proverbe ou autre) assez amusante : bien fou qui veut lutter contre les étoiles ; il se passe plus de choses en une heure qu’en cent ans ; qui tient bonne chance aille dormir, etc. Par ailleurs, la version littéraire me semble plus ouvertement sensuelle, on y évoque sans équivoque les plaisirs de la chair et presque toutes les histoires ont un moment érotico-comique. Car, c’est ce qui m’a le plus intéressée dans cette lecture, les textes sont drôles. L’auteur semble avoir pris beaucoup de plaisir à imaginer des contes qui illustreraient des maximes populaires. Et, il a notamment beaucoup travaillé son texte pour faire varier ses descriptions. Ainsi, outre la narration elle-même parfois cocasse (on suit les aventures du roi de Balleronde, du roi de Rocheforte, et du roi de Tourlongue), le texte se révèle assez jouissif. Evidemment je n’ai lu qu’une traduction alors que le texte original a été écrit en napolitain ce qui doit transformer un peu ma vision des choses mais je vous laisse quand même juger de l’amusement clairement produit par les descriptions de l’aube (sujet somme toutes assez ennuyeux) :

« […] Mais avant l’arrivée du soleil, l’unique médecin capable d’ausculter les fleurs rendues malades et languides par la nuit, la belle se leva et se déifia laissant le prince plein de douceur, rempli de curiosité, chargé d’émerveillement». La Branche de myrte

 « Aussitôt que le soleil armé d’un balai de rayons eut fini de balayer les suies nocturnes, il parut à la chasse.

[…]

Il attendit que le soleil administre au ciel quelques pilules dorées afin de le purger des ombres, et se levant alors, il alla à la chasse, sans écouter les prières de la princesse ni les ordres du roi». Le Cœur fécondant.

« Tantôt il priait le ciel pour que le soleil prît un raccourci dans les champs célestes afin d’aller plus vite et d’arriver avant l’heure habituelle où il avait coutume de détacher son char de feu et d’abreuver ses chevaux fatigués par un si long voyage, tantôt il suppliait la nuit afin qu’elle précipitât les ténèbres et lui laissât voir cette lumière qui le contraignait quand elle était cachée à brûler dans le four des flammes d’Amour». La Vieille écorchée.

Mais la tombée de la nuit est aussi joyeuse dans la prose de Basile…

« […] et la nuit n’était pas encore sortie sur la place d’armes du ciel pour passer la revue des chauves-souris qu’il commençait à faire ses comptes »

« Quand le soleil, tel une putain en faillite, commença à changer de quartier, le roi fit venir des musiciens ». L’ourse

 En conclusion, j’ai apprécié le film et aimé le livre mais pour moi ce sont deux expériences très différentes. Le film est assez éclatant, les plans sont très esthétiques, les contrastes colorés d’une force plastique, les ambiances oscillent constamment entre réalisme et onirisme. C’est beau et contemplatif mais aussi dérangeant et funeste. Le texte de Basile est jubilatoire, piquant et efficace. Les contes sont courts, rondement menés et la lecture est toujours divertissante. C’est futé et dynamique.

 

 

Pour en savoir plus :
Le Conte des contes fut rédigé une soixante d’années avant la publication des Contes de Perrault et les frères Grimm avouèrent s’en être inspirés. Mais il ne fut traduit en italien qu’en 1925 sous le titre de Pentaméron.
Sa structure est semblable aux Contes des Mille et unes nuits ou à celle du Décaméron de Boccace : un conte principal dans lequel d’autres contes sont racontés.
La version que j’ai lue : Giambattista Basile, Le Conte des contes, traduction de Myriam Tanant, Libretto, 2012 (précédemment paru aux Editions L’Alphée en 1986).
J’ai beaucoup aimé cette interview de Matteo Garrone qui parle de ses influences.

 

This entry was posted in Au salon, New and tagged , , , , . Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *